"Là où croît le péril, croît aussi ce qui sauve" Hölderlin

lundi 2 novembre 2026

L'âme perdue d'un lieu

Tu découvres la rénovation d'un lieu historique ou tu as eu la chance de travailler pendant plusieurs années. Le lieu a vu passer Queneau qui en parle dans Loin de Rueil je crois et des milliers de salariés de la banque. Le bâtiment avait accumulé 150 ans de patine, de murmures et de souvenirs. Les rénovations successives n'avaient pas altéré l'esprit du lieu qui soufflait encore il y a peu. 

Les photos que tu observes semblent raconter une autre histoire. La verrière où s'affairaient les juristes devient un restaurant chic, un mobilier trop ou pas assez moderne aux couleurs douces trône dans le hall, la lumière ressemble à celle de n'importe quel hôtel chic. C'est propre, c'est net, c'est sans saveur. On peut travailler (un peu), chiller (beaucoup). L'esprit s'en est allé, il ne reste plus que des murs ripolinés et un mobilier vaguement scandinave. 

Perdu dans tes souvenirs, tu es triste. Comme si un vieil ami était mort. 

dimanche 1 novembre 2026

Les 1000 fans

Ces dernières années, quelques posts ou concepts nés en ligne se sont montrés particulièrement féconds. Est-ce que le concept a généré quelque chose ou est-ce que l'auteur a su mettre des mots sur un phénomène existants ? Peu importe, l'essentiel est de disposer d'une idée qui nous permet de mieux appréhender le monde. 

Le concept de 1000 True Fans, élaboré en 2008 par Kevin Kelly reste l'une des meilleures clés de lecture pour comprendre l'économie de l'attention et les stratégies des vendeurs de contenus, qu'ils soient artistes (le coeur de la réflexion initiale), influenceurs, dropshippers, vendeurs de formations ou politiques, notamment sur les marges les plus extrêmes, à gauche ou à droite. Car n'oublions jamais qu'un Alain Soral n'est qu'une influenceuse comme une autre. 

L'idée est finalement simple : il n'y a nul besoin d'avoir une audience importante pour vivre de son art ou de ses idées. Il suffit d'agréger autour de soi une communauté soudée de vrais fans, prêts à acheter vos livres, vos podcasts, vos concerts et vos autres productions sans réfléchir. 1000 fans, prêts à dépenser une centaine d'euros sur vos productions suffisent à avoir un revenu pour vivre correctement. L'idée est simple, basique mais elle a fait florès. 

Cette logique est à l'oeuvre partout, sur tous les réseaux sociaux, sur Instagram, sur Substrack, sur X. Parfois l'audience affichée est bien supérieure mais peu monétisée au global. Néanmoins, il reste une petite frange de quelques milliers de fans permettant à chaque producteur de l'économie de l'attention de vivre parfois très bien. 

Ceci a également une conséquence : pour souder une communauté, il faut créer une identité, un sentiment d'appartenance et donc polarisé son positionnement. Le propos se concentre donc sur une niche, les propos se durcissent pour créer un engagement, avec des haters bien entendu mais surtout des soutiens fidèles. A l'époque du capitalisme pervasif, les soutiens sont là avant tout pour être monétisés. 

Tu penses appartenir une communauté soudée, contribuer avec quelques euros à la production de contenus qui te plaisent ? N'oublie pas que tu es avant tout un client à satisfaire, un client dont on cherche à monétiser le soutien. A la fin, toute ceci est une histoire d'argent. A la fin, tout est toujours une histoire d'argent. 

Pour sortir de l'extention du domaine capitaliste, reconstruire des communautés non monétisées, sans pub, sans affiliation, sans abonnement redevient une nécessité impérieuse. C'est sûrement la seule manière de construire sans pression et en toute liberté des idées capables d'appréhender le monde de manière plus subtile, en sortant de l'extrémisation permanente. 

samedi 31 octobre 2026

Au-delà de l'ami ou de l'ennemi

Nous sommes à une époque extrémiste, entre l'ami et l'ennemi il n'y a plus de nuances. Pourtant, on peut envisager quantités de gradations. 

L'allié est celui qui partage un objectif et des valeurs, le partenaire lui est là pour aider à atteindre un objectif, sans partager de valeurs. Tu as également le camarade partageant la chambre, le collègue travaillant avec toi. Et bien entendu n'oublions pas le rival qui te fait de l'ombre, l'adversaire que tu souhaites battre et l'ennemi à éliminer. 

Bien entendu, toutes ces nuances ne sont pas exhaustives, il en existe sûrement d'autres. Mais qui les utilise encore ?