"Là où croît le péril, croît aussi ce qui sauve" Hölderlin
Affichage des articles dont le libellé est conformisme. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est conformisme. Afficher tous les articles

mercredi 8 août 2018

L'imaginaire malheureux

« Quand on n’a pas d’imagination, mourir c’est peu de chose, quand on en a, mourir c’est trop. » Céline

Peut-être que l'on touche ici le grand malheur d'une époque, gavée d'images, de sons, de représentations et d'envies. Le quidam ne se résigne plus, il désire, il ne se contente pas, il réclame, il n'attend plus, il imagine. A chaque instant, les images d'une réussite rêvée, mise en scène, avec filtres s'offrent à lui, excitant son imaginaire. 

Tu imagines une vie, des vies rêvées : des amours, des voyages, des accomplissements professionnels. Tu penses que tout est possible à force d'efforts mais surtout de chance, de coups de pouce, de talent. Tu te trompes d'ailleurs. Réussir est question de travail avant tout (c'est la seule chose qui dépende de toi), de Kairos et de réelle prudence (φρόνησις), celle des audacieux.

Quand on a a de l'imagination, ne pas se rapprocher de sa vie rêvée, c'est déjà trop en effet. Trop de frustration, trop de déprime, trop de rancœur face à un destin qui ne te donne pas ce que tu penses mériter. Tu finis aigri comme les autres. 

Au lieu d'imaginer, mieux vaut vivre, au lieu de rêver, mieux vaut accepter. Ce qui n'empêche pas de saisir l'opportunité, qui surgira nécessairement, pour changer ta vie. Mais pour cela il faut agir, ici et maintenant. En es-tu capable ?

vendredi 3 août 2018

Des provocations faciles

Beaucoup sont très fiers de leurs petites provocations : une règle transgressée, un bigot paresseusement provoqué, des mots et des attitudes crus. 

Pas de quoi fouetter un chat. 

Dans le même temps, certains dénoncent la corruption, se dressent contre les extrémistes religieux, soignent les plus humbles ou refusent les compromissions. Voilà les véritables provocateurs, les admirables agents du changement. Ceux-là risquent leur peau. 

Les autres, les fraudeurs qui mettent en scène leurs provocations ne sont que des enfants gâtés. Ils ne risqueraient pas leur petit confort pour une cause. 

Le véritable provocateur a forcément quelque chose à perdre. 

mardi 24 juillet 2018

Les démonstrations de force sont signe de faiblesse

Nombre de personnes croient nécessaires de démontrer de manière ostensible leur force, leurs qualités. Nombre de régimes politiques ou d'organisations font de même en multipliant les manifestations bruyantes de leur puissance. 

Ainsi vont les concours de virilité entre mâles alpha, les polémiques sans fin entre intellectuels, les défilés militaires, les réceptions officielles, les blogueuses mode, les intérieurs tout droit sortis d'un magazine de décoration. 

Tout ceux qui cèdent à ce type de facilité ne démontrent pas une force mais mettent en lumière un doute profond. La démonstration de force n'est que le paravent d'une angoisse quasi existentielle. 

Celui qui est sûr de sa force et de ses qualités ne cherche pas à prouver quoique ce soit, il n'en a strictement rien à faire. Il sait où il en est, le regard des autres l'indiffère. C'est l'artiste dans le silence de son atelier, l'artisan penché sur son établi, le maître en arts martiaux s'entraînant dans la solitude. 

Le fort se tait, fait et repars d'où il vient.

lundi 23 octobre 2017

Pirater le système au lieu de maugréer

Combien d'insoumis, de nuit-de-boutistes et autres alternatifs vomissent le système à chaque instant. Ils revendiquent, contestent, parlent, éructent mais ne font rien. Cachés derrière leur Mac ou leur iPhone, ils rêvent un autre monde qu'ils ne mettront jamais en œuvre, prétextant l'oligarchie, le pouvoir des média et autres fadaises. L'invention d'un modèle permettant de promouvoir l'autonomie des hommes sur un territoire donné est vaguement considérée et aussitôt remise au lendemain. Procrastination révolutionnaire.

Voici des révolutionnaires en peau de lapin qui ne veulent surtout pas se salir les mains, de peur de souiller leur pureté idéologique. Quand les socialistes du XIXème siècle construisaient des mutuelles, des banques coopératives, des coopératives agricoles, nos révolutionnaires modernes eux ne créent rien.

Pourtant, il y a moyen de pirater le système actuel et de proposer des alternatives ici et maintenant. Tu pourrais redonner une nouvelle jeunesse au SEL grâce à la blockchain, créer un chapelet de fermes locales travaillant en circuit court, dès supermarchés de producteurs et j'en passe. 

Le champ des possibles est extraordinaire, les capitaux nécessaires finalement assez limités. Mais il est plus confortable de parler que d'agir. 

lundi 16 octobre 2017

Elites et consommation ostentatoire

A la fin XIXeme siècle Veblen a étudié la société de consommation naissante. Il a constaté que les élites une fois leurs besoins primaires satisfaits continuaient à consommer de manière ostentatoire en articles de luxe notamment. Les comportements de consommation sont ainsi un marqueur social, un moyen de se différencier des autres franges de la population. 

Cet effet de snobisme est le moteur de la consommation depuis plus d'un siècle, l'achat de produits de luxe ou de marques permet aux classes moyennes et supérieures de construire leur identité sociale. 

Pourtant, depuis une décennie le poids de la classe supérieure dans la consommation ostentatoire se réduit alors que dans le même temps ses revenus augmentent rapidement. Ce n'est donc pas un choix subi mais bien une tendance de fond. 

Le statut social s'exprime toujours par l'objet bien sûr mais les produits de luxe classiques sont délaissés car trop accessibles. Les achats s'orientent vers des pièces de créateur, des objets de collection rares, il suffit d'observer les intérieurs des élites modernes. D'ailleurs, l'augmentation très sensible des dépenses de consommation ostentatoire pour les classes moyennes illustre une "démocratisation" du luxe, poussant les élites à chercher autre chose : des expériences uniques. Car la tendance de fond est le glissement du luxe par l'objet au luxe par l'expérience. La domination sociale s'exprime désormais par des expériences uniques, partagées avec ses pairs : voyage au bout du monde, cours de yoga pour happy fews, restaurants conceptuels... 

Dire que la consommation ostentatoire des élites baisse est sûrement réducteur, les statistiques doivent certainement omettre les expériences uniques et les objets de créateur. L'effet Veblen est donc plus que jamais d'actualité, il faut juste mettre à jour la définition de consommation ostentatoire. Ce luxe expérienciel est d'ailleurs plus élitiste encore car il permet de créer clubs, barrières à l'entrée renforçant le quant-à-soi, excluant non pas les plus pauvres mais les moins inclus. Voilà comment est sélectionnée l'élite de l'élite. 

jeudi 5 octobre 2017

Conformisme anti-conformiste

« De tous les conformismes, le conformisme du non-conformisme est le plus hypocrite et le plus répandu aujourd'hui. » Vladimir Jankélévitch